Diagnostiquer des dégâts de gel sur céréales à paille ?
Avec le retour des températures douces depuis 10 jours et le redémarrage des plantes, Jean-Charles Deswartes d’Arvalis invite au diagnostic dans les parcelles de céréales pour repérer les éventuels dégâts de gel liés à la vague de froid du début d’année.
Vous devez vous inscrire pour consulter librement tous les articles.
« Les conditions d’apparition du gel et la présence de neige en ce début d’année ont été des facteurs très favorables au bon comportement de la majorité des céréales vis-à-vis de l’épisode de froid. Seules quelques rares situations sont à risque et nécessitent d’être évaluées et suivies », rassure Jean-Charles Deswartes, ingénieur au pôle écophysiologie d’Arvalis.
Un endurcissement progressif des cultures
L’expert rappelle que « les espèces d’hiver (blé tendre, orge d’hiver, triticale et seigle), à l’exception de l’avoine d’hiver, peuvent supporter sans difficulté des températures de – 10°C, voire en-deçà si elles sont au stade tallage et un minimum endurcies, ce qui était le cas cette année ».
« Des températures inférieures à — 8°C sous-abri ont été relevées dans de nombreuses régions de France début janvier, cependant la chute du thermomètre s’est étalée sur plus de 10 jours, permettant un endurcissement progressif des plantes, sans engendrer de dégâts », explique Jean-Charles Deswartes. Au niveau du sol aussi, il met en avant « un gel progressif des premiers centimètres, sans pour autant que la température souterraine ne descende trop fortement (dégel partiel pendant la journée, isolation thermique par la neige lors des journées les plus froides). De plus, l’absence de pluies avant l’arrivée de l’épisode de froid a permis aux sols de se ressuyer ».
À noter également : « le dégel a été associé à une arrivée rapide d’air doux et humide. Les températures sont rapidement redevenues positives, sans alternance de gel-dégel qui peut parfois accroître le stress des cultures ».
Vigilance pour les orges de printemps semées à l’automne
Avec toutes ces conditions, l’expert se veut rassurant : « il n’y a aucune crainte à avoir pour les espèces d’hiver en plaine ». Il attire plutôt l’attention pour les situations en altitude ou dans des conditions spécifiques d’exposition (avec des baisses de température très nettes). La situation est plus délicate aussi pour les espèces de printemps (blé dur, orge de printemps). Ces dernières ont « moins de capacité à s’endurcir, et leur comportement se résume essentiellement à leur résistance intrinsèque, inférieure aux espèces d’hiver ».
« Compte tenu du scénario thermique de cet hiver, il est probable que la majorité des blés durs « passent », surtout s’ils bénéficiaient d’une protection neigeuse lors du pic de froid, alors que les orges de printemps ont sans doute été exposées à des froids problématiques. La combinaison simultanée avec d’autres stress, tels que des phytotoxicités herbicides peut aggraver la situation. »
« Attention à l’impression visuelle »
L’institut technique invite alors à une observation fine des cultures potentiellement concernées : « les dégâts de gel vont tout de suite se manifester sur les feuilles, avec des nécroses foliaires d’autant plus importantes que la culture est sensible. Attention toutefois à l’impression visuelle : à niveau de résistance égale, une forte végétation initiale peut donner l’impression de dégâts importants car le sol peut être jonché de feuilles nécrosées. Si la nécrose des feuilles est inversement proportionnelle à la résistance du couvert, elle ne constitue pas un diagnostic définitif de l’état du couvert. Le bon indicateur est l’émission de nouvelles feuilles vertes ».
« La séquence climatique actuelle, avec des températures douces depuis 10 jours, est idéale pour visualiser le redémarrage des plantes. La sortie progressive de nouvelles feuilles vertes indique que l’apex de la plantule est encore fonctionnel. » Et compte tenu de la période encore précoce, « il est indispensable d’affiner le diagnostic sur les parcelles pour évaluer la proportion de pertes éventuelles de pieds ».
« La décision de retourner une parcelle ne doit pas être prise à la légère. Elle doit intégrer l’état de la culture (densité, répartition, état structural), les interventions déjà réalisées (semis, désherbages) qui engendrent des coûts et des contraintes de remplacement, et le potentiel agronomique d’une culture de printemps ou d’été semée ultérieurement. Même dans le cas d’orges de printemps réputées pour « faire leur rendement sur la densité de plantes et d’épis », il ne faut pas sous-estimer leurs aptitudes de compensation via le tallage et la fertilité des épis. »
Pour accéder à l'ensembles nos offres :